Enseignant non-binaire licencié en Floride pour avoir choisi Mx

Un employé licencié, une simple signature d’e-mail, un État qui fait de la neutralité de genre un motif de rupture de contrat : la Floride n’a pas attendu pour transformer une ligne administrative en bataille nationale. AV Schwandes, enseignant non-binaire, a vu son poste supprimé pour avoir choisi d’utiliser « Mx. » dans ses communications professionnelles.

Si l’affaire d’AV Schwandes attire autant l’attention, c’est qu’elle cristallise le climat tendu provoqué par la Loi sur les Droits Parentaux en Éducation, aussi surnommée « Don’t say Gay ». Ce texte verrouille toute intervention sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre dans les écoles primaires et secondaires de Floride. Pour explorer d’autres actualités marquantes de l’État, regardez ici.

À l’origine de la loi, le gouverneur Ron DeSantis affiche sa volonté de donner plus de poids aux familles. Certains y voient une barrière protectrice autour des « valeurs familiales » ; d’autres, une ligne de fracture qui cible ouvertement la communauté LGBTQ+ et les enseignants qui vivent une identité de genre différente. Ce clivage s’exprime à chaque nouvelle affaire, mettant aux prises parents, personnels éducatifs et décideurs politiques.

Impossible d’ignorer la portée de la section 3 de la loi, désignée comme source de discrimination par les associations et les victimes elles-mêmes. Ici, les thèmes du droit à la parentalité, de la liberté d’expression pour les enseignants et du respect de la diversité s’entrechoquent de plein fouet.

Plaintes et arguments : droits civiques et libertés constitutionnelles en question

Face à ces limitations, AV Schwandes, Katie Wood et Jane Doe ont déposé plainte. Leur démarche, accompagnée par le Southern Poverty Law Center, vise à dénoncer l’interdiction qui touche les titres et pronoms alignés sur leur identité. À leurs yeux, il s’agit d’un déni de leurs droits tels que définis par la loi fédérale.

Ils rappellent que cette politique les prive de leur liberté d’expression et choque les textes consacrés à la lutte contre la discrimination. Voici les points de droit précis régulièrement invoqués par les plaignant·es :

  • le titre VII du Civil Rights Act de 1964, censé protéger de la discrimination au travail
  • le titre IX des Education Amendments de 1972, qui prohibe les exclusions fondées sur le sexe dans l’éducation
  • la clause d’égalité de protection du quatorzième amendement de la Constitution américaine

Les ramifications de cette affaire pourraient réécrire la façon dont l’identité de genre est prise en compte, notamment dans le champ éducatif. Si l’issue juridique reste incertaine, le test est réel : comment concilier droits individuels, aspirations des familles et volonté d’inclusion au sein de l’institution scolaire ? Une fois de plus, la Floride se retrouve placée sous les projecteurs d’un débat qui bouscule l’ensemble du pays.

Répercussions pour la communauté LGBTQ+ : la loi « Don’t say Gay » sous le feu des critiques

L’onde de choc du dispositif « Don’t Say Gay » dépasse largement les murs des établissements scolaires. Pour de nombreux acteurs et familles LGBTQ+, l’interdiction de mentionner l’orientation sexuelle à l’école ressemble à un recul brutal. Les chiffres rassemblés par le Southern Poverty Law Center témoignent d’une opposition croissante : manifestations, recours en justice, réseaux de soutien… la riposte s’organise sur tous les fronts.

Côté défenseurs des droits, la critique va bien au-delà du principe. Ce dispositif législatif fabrique de l’exclusion dans la vie réelle : familles confrontées à l’isolement, adolescents murés dans le silence, personnes non-binaires contraintes de taire leur identité devant leurs élèves. Derrière le slogan, la loi pèse sur des destins singuliers.

En toile de fond, c’est la possibilité même de s’exprimer librement à l’école qui se trouve menacée. Éviter des sujets, imposer le silence, façonne un climat où chaque élève ne peut avancer qu’en masquant une part de soi. Dans cette équation, le rôle de l’éducation, la marge laissée aux familles et la place du pluralisme deviennent des questions brûlantes. En Floride, même une simple formule de politesse professionnelle suffit aujourd’hui à déclencher une tempête, et à rappeler que la moindre prise de position peut tout faire basculer.

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