L’innovation, un atout pour le service public de proximité de demain

Entretien avec Estelle Grelier, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Aménagement du territoire, de la Ruralité et des Collectivités territoriales, chargée des Collectivités territoriales.

Dans un contexte où la place des services publics fait débat, notre étude montre que les Français considèrent très largement que les services publics de proximité sont utiles et ne souhaitent pas une réduction de leur champ. Que cela vous évoque-t-il ?

Je me réjouis de l’attachement des Français à leurs services publics de proximité dont témoigne votre étude. Et je note le décalage de cette analyse avec les propositions de certains candidats à l’élection présidentielle, qui proposent de supprimer des dizaines de milliers de postes de fonctionnaires, qui visent aussi les agents territoriaux. Réduire les effectifs territoriaux revient à sacrifier les services publics de proximité qu’ils assurent et à méconnaître le principe de libre administration des collectivités locales que la Constitution garantit.

Alors même que les fonctionnaires se voient parfois attribuer des préjugés négatifs, l’utilité concrète des agents publics territoriaux est plébiscitée par les Français. Qu’en pensez-vous ?

Les Français connaissent les agents territoriaux, qui font les services publics de proximité, dont ils bénéficient dans leur vie quotidienne et qu’ils plébiscitent. Sous ce quinquennat, nous avons engagé le protocole de modernisation des parcours professionnels, des carrières et des rémunérations (PPCR) qui permet, pour ces agents compétents et engagés, des carrières plus intéressantes et une rémunération plus juste.

(c) Amélie Laurin

Nous avons récemment fêté le 35ème anniversaire de la loi de décentralisation du 2 mars 1982, quel bilan faites-vous de ce processus et quelle doit être la priorité pour le futur ?

Le 24 janvier dernier, j’ai publié une note sur le site de la Fondation Jean Jaurès intitulée « Territoires d’avenir, avenir des territoires ». J’y dresse le bilan des réformes accomplies et expose ma vision des prochaines étapes de la décentralisation. Car la décentralisation est une dynamique continue d’émancipation des territoires et le meilleur service à rendre à ce mouvement progressif de 35 ans, c’est de continuer à le penser. Depuis plus de trois décennies, les principes qui animent le mouvement décentralisateur restent les mêmes : rapprocher la décision du citoyen, remettre l’habitant au cœur des politiques publiques dont il est destinataire, porter l’action publique à la bonne échelle. La réforme territoriale menée durant ce quinquennat n’a pas fait autre chose. Il faut poursuivre cette dynamique.

(c) Amélie Laurin

Une large majorité des Français considèrent que les services publics de proximité sont de qualité et efficaces, mais seule une minorité les trouve innovants. En quoi l’innovation peut-elle être un atout pour le service public de proximité de demain ?

Si nos services publics de proximité sont efficaces, c’est justement parce qu’ils ont su innover, comme en témoigne chaque année la Semaine de l’innovation publique. Lors de sa dernière édition, j’ai souhaité valoriser les initiatives des collectivités, car, si elles sont importantes, je crois toutefois qu’elles manquent encore de visibilité. J’ai également souhaité soutenir l’innovation en matière de démocratie locale en associant pleinement les collectivités françaises au Sommet mondial du Partenariat pour un gouvernement ouvert. S’il reste beaucoup à faire, nombreuses sont les collectivités qui ont engagé des démarches innovantes : open data, budgets participatifs, logiciels libres, et tant d’autres.

(c) Amélie Laurin

Quelle a été votre action et que reste-t-il à faire selon vous en matière d’innovation dans les services publics de proximité ?

Au sein de ce Gouvernement, j’ai porté avec constance une politique de soutien à l’innovation territoriale. Nous avons notamment soutenu l’ouverture des données publiques avec la loi NOTRe, puis la loi Numérique, pour toutes les collectivités de plus de 3500 habitants. Avec le concours expert de l’association OpenDataFrance, nous expérimentons actuellement dans 9 territoires-pilotes un dispositif d’accompagnent des collectivités à l’open data. Nous avons également engagé un vaste programme de simplification des normes, car innover dans nos territoires, c’est aussi innover dans nos modes d’organisation, les rendre plus simples et plus lisibles.

(1) Loi de décentralisation du 2 mars 1982.